TIC vertes : plus qu'un terme de RP à la mode ?

Les produits et services informatiques respectueux de l'environnement ne sont-ils à la mode que lorsque les affaires vont bien ? Ou peuvent-ils également dynamiser l'efficacité et réduire les coûts ? Best Practice a demandé leur opinion à deux experts.

Dr. Jürgen Sturm

C'est urgent : l'informatique a besoin d'un label énergétique

Avec le changement climatique en toile de fond, la consommation de ressources fait l'objet d'examens critiques dans un grand nombre de secteurs. Les professionnels de l'informatique de nombreux domaines n'ont malheureusement pas encore pleinement conscience de l'importance du problème. Le secteur des TIC aussi doit faire face à ses responsabilités environnementales et sociales. Investir dans des solutions haute technologie peut apporter des améliorations significatives. Depuis trois ans et demi, chez BSH Bosch und Siemens Hausgeräte GmbH, nous nous concentrons sur certains aspects de notre infrastructure informatique : la puissance de calcul, la sécurité/fiabilité et le développement durable. Grâce à des serveurs hauts de gamme énergétiquement efficaces, à une virtualisation étendue et à des technologies de pointe en matière de refroidissement, nous avons multiplié par deux les performances de notre système et divisé d'autant sa consommation d'énergie.

Nous déployons également toute une série de mécanismes simples pour économiser de l'énergie dans notre centre de données munichois, exploité par T-Systems. Nous avons notamment adopté la méthode de confinement d'allée chaude/froide. Dans les centres de données traditionnels, l'air froid circule dans tout le local. Notre méthode de refroidissement est plus précise : nos serveurs étant positionnés dos à dos, l'air froid ne circule qu'à l'arrière des serveurs. L'air des autres allées, que l'on appelle allées chaudes, est évacué par le plafond. En outre, les câbles des serveurs sont branchés par le haut, et non par le bas. De l'espace est ainsi libéré sous les serveurs, l'air circule mieux et le refroidissement est plus efficace. Nous avons également recours à la virtualisation. Au final, l'ensemble de ces solutions nous fait économiser 1,3 million de kilowatts-heures pour l'exploitation de nos systèmes SAP, l'équivalent de 793 tonnes de dioxyde de carbone. Pour compenser ces émissions, il aurait fallu planter 70 000 pins.

Des centres de données plus durables
Les exemples qui viennent d'être cités prouvent bien qu'il est possible d'améliorer ses performances tout en diminuant sa consommation de ressources. Nous devrions tous viser la réduction de l'empreinte écologique de notre infrastructure TIC. Une planification minutieuse et des investissements ciblés peuvent générer des bénéfices durables, non seulement pour l'environnement, mais également pour nos activités. Mais nous avons besoin que le public fasse pression plus intensément. Par public nous entendons les utilisateurs de TIC professionnels, les fournisseurs, les consommateurs, les personnalités politiques et les entreprises. Il est tout simplement inacceptable que le secteur des TIC ne dispose toujours pas d'un label énergétique, contrairement à d'autres industries qui en ont mis en place il y a de nombreuses années.

Ne nous limitons pas à rendre l'informatique plus écologique ; nous devons utiliser l'informatique pour rendre nos activités plus écologiques. En déployant des technologies de l'information d'avant-garde, les professionnels du transport, de la télématique et de la fabrication pourront faire des économies d'énergie significatives et réduire leurs émissions de dioxyde de carbone. L'informatique écologique doit dépasser les frontières des centres de données. Elle doit englober des chaînes de valeurs et des processus de production entiers et jouer un rôle dans tous les domaines de la vie.

Norbert Walter

L'informatique n'est pas verte, et ne le sera jamais.

Les coûts liés à l'énergie augmentent, les débats sur le changement climatique se font de plus en plus houleux ; qui oserait nier que l'informatique écologique est un sujet brûlant ? Ces trois réalités parlent d'elles-mêmes :

• Le secteur des TIC représente 2 pour cent des émissions de dioxyde de carbone mondiales, un volume identique à celui des voyages aériens.
• Dans les foyers britanniques, la consommation électrique des appareils TIC a plus que doublé ces cinq dernières années. D'ici 2020, elle représentera environ la moitié de la consommation électrique d'un foyer.
• Les coûts liés à la consommation d'électricité des centres de données augmentent huit fois plus vite que les dépenses en matériel ; la part du lion des budgets informatiques. Selon certaines estimations optimistes, cette consommation d'énergie pourrait être divisée par deux.

Faut-il d'autres preuves de l'importance du problème ? Alors pourquoi certaines personnes continuent-elles à proclamer que l'informatique écologique n'est rien de plus qu'une mode ?

Des déchets électroniques ultratoxiques
Une des raisons est l'ambiguïté du terme. L'informatique n'est absolument pas « écologique ». Cela n'est pas uniquement dû à la consommation d'énergie des appareils haute technologie ; en effet, d'autres facteurs sont à prendre en considération. Des substances toxiques comme le plomb, le mercure, le cadmium et le brome sont utilisés dans la fabrication du matériel. Mal manipulés, ces matériaux représentent un vrai danger pour l'être humain et l'environnement. En outre, le secteur informatique produit la majorité des déchets électroniques. Des déchets extrêmement difficiles à recycler de par leurs propriétés.

Le concept d'informatique écologique ne doit pas servir uniquement à réduire les coûts liés à la consommation d'énergie. Il doit être de nature plus complète. Il devrait briser ce lien traditionnel qui existe entre consommation d'énergie et croissance économique. Dans de nombreux secteurs, l'informatique aide déjà certaines sociétés à réduire le volume de ressources qu'elles déploient. Par exemple, bon nombre d'entreprises utilisent une technologie d'avant-garde pour améliorer la surveillance de leurs processus et l'efficience de leur production.

L'informatique écologique, plutôt que d'être axée sur les économies d'énergies dans les infrastructures, devrait se tourner vers les économies d'énergie et de ressources par l'intermédiaire de l'informatique. Le secteur privé comme le secteur public doivent tenter de décorréler consommation d'énergie et croissance économique dès que l'occasion se présente. Bien que l'informatique ne soit pas verte, et ne le sera jamais, l'informatique écologique est bien plus qu'une mode passagère.